Spécial Saint Valentin: Quand hommes et femmes se disputaient sur le café

Londres, fin du XVIIᵉ siècle. Une étonnante « guerre des sexes » par pamphlets interposés fait rage.  La cause de cette discorde? Le café!

Dans la capitale de l’empire britannique le café est au siècle des Lumières une nouveauté. Et son expansion accompagne une véritable révolution intellectuelle. En 1664, une petite centaine de coffeehouses, ces « universités à un penny» (le prix d’une tasse) attirent les intellectuels, les poètes et les auteurs.

Citoyen-es, ne laissez pas ce roi vous dire quoi boire, entrez dans la résistance en buvant du café! ( Portrait de Charles II par Sir Peter Lely )

Comme de nos jours, les amoureux du café aiment se retrouver autour d’une bonne tasse pour parler de livres, de science.  Et parfois même de… politique.  Et ce vent subversif de liberté torréfiée inquiète la couronne. Fils d’un monarque exécuté, le roi Charles II craint pour sa tête, et cette peur va déclencher une campagne de dénigrement hilarante qu’on va attribuer injustement aux femmes.

En 1674 « La pétition des femmes contre le café […]» est publiée. Elle préfigure en quelque sorte les fausses nouvelles contemporaines.

La pétition des femmes contre le café présentant à la considération publique les grands inconvénients envers leur sexe de l’usage excessif de cette liqueur sèche et affaiblissante (sic)

Grenouilles, litière d’os et cadavre inutile

Pour éloigner les hommes du café, la propagande royale tape sous la ceinture et accuse le café de rendre les hommes « inutiles » au lit :

« Elle approche le lit conjugal, attendant un homme qui […] devrait répondre à la vigueur de ses flammes, et rencontre au contraire une litière d’os et étreint un misérable cadavre inutile [et] aussi stérile que les déserts dont proviennent ces tristes grains »
La pétition des femmes contre le café

On sait aujourd’hui que le café a un effet stimulant et des vertus médicales. Il est aussi produit dans des zones pluvieuses et pas dans les déserts. Plus loin, le café est accusé de rendre les hommes efféminés et maniérés au moyen des pires clichés sexistes:

« Comme autant de grenouilles dans une mare ils sirotent de l’eau boueuse et murmurent des remarques insignifiantes [.] Jusqu’à ce qu’une douzaine d’entre eux jacassent autant qu’un nombre égal des nôtres qui ragotent »
La pétition des femmes contre le café

Le café est un féminisme

Pour l’historien Steve Pincus, faire du café une boisson d’hommes est un non-sens. Et rien n’indique que des femmes aient rédigé ce pamphlet. Le nectar était même à la pointe du féminisme : nombre d’établissements étaient dirigés par des femmes dans cette société conservatrice. Le café permettait souvent aux veuves de vivre dignement. Et il a contribué à mettre les anglaises au centre de la vie économique et intellectuelle.

La même année, les amoureux du café répliquent avec « La réponse des hommes à la pétition des femmes contre le café ». Malgré l’humour et l’apologie du breuvage, la charge contre la royauté est sévère.

Pourquoi le café innocent est-il l’objet de votre ennui? Cette boisson sans dangers et curative qui […] rend à la fois sobre et joyeux.
La réponse des hommes à la pétition des femmes contre le café 

Le plan machiavélique de Charles II est un échec et une humiliation. Il proclame donc l’interdiction de la vente du café, du chocolat et du thé en 1675. Celle-ci ne durera que 11 jours.

Une fois de plus le café a rapproché les hommes et les femmes malgré l’adversité. Et le breuvage va désormais partir à la conquête du monde!

Pensez-y quand vous boirez une tasse avec votre valentin-e!

« La réponse des hommes à la pétition des femmes contre le café défendant avec vigueur leurs propres performances et les vertus de cette liqueur, des accusations imméritées lancées dernièrement par leur pamphlet scandaleux » (sic)
Buveur de café, 1690

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